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Mercredi 7 novembre 2007
publié dans : Nouvelles
C'était la première fois, dans mon souvenir, que je le voyais décoiffé. Une barbe sèche et dure lui poussait sur les joues car, depuis la veille, il n'avait pas eu l'occasion de se raser. Sa barbe poussait à la vitesse de ceux qui se rasent depuis trop longtemps. On voyait dans ses yeux la honte qu'il ressentait à être exposé dans cet état inhabituel. Ses ongles, pour la plupart, s'étaient brisés en raclant le sol. La terre tachait ses habits et plus aucun détail ne montrait sa noblesse, mais l'homme en général dégageait toujours une aura particulière, une volonté de fer alliée à l'intransigeance se lisait dans ses yeux, un éclat unique. Cet éclat brillait particulièrement lorsque son regard se portait sur son frère. Un misérable porc à qui l'on avait appris à se tenir debout en pensant que cela suffirait à en faire un homme. Ses joues boursouflées avaient de la peine à contenir une langue pendante. Il avait pour manie de la faire passer sur sa lèvre inférieure, les joues toujours rougies par l'alcool et les femmes qu'il buvait sans grandeur. Il se tenait droit mais il ne l'avait jamais été. Ses vêtements étaient aussi nobles que son âme était sale. Lorsqu'ils se promenaient ensemble, il ne pouvait qu'être méprisé tant ce que dégageait son frère, le rabaissait lui même. Pourtant, ici et aujourd'hui, il était le dominant, laissant à son frère le soin d'être honni de tous... Ce que je vous livre ici n'est que la vision d'un témoin à qui l'on a volé la fierté d'être homme. J'ai été rongé par la peur et me suis privé de toute réaction. Sans courage j'ai vu la scène dont je vous fait part sans esquisser un seul geste et aujourd'hui encore je porte sur moi cette souillure. Qu'ai je donc fait en laissant se dérouler ce scandale? L'humiliation d'un homme bon s'est jouée dans ma grange et même lorsqu'il me regardait, ses yeux ne laissaient voir aucune haine. Juste de la pitié.
 
-         Lève toi misérable, la mort t’attend, lui dit ce frère indigne.
 
Charles venait alors de briser le silence qui durait depuis l’arrestation de Louis. La joie était encore dans tous les cœurs après notre victoire sans équivoque. Une victoire qui s’était vite effacée pour les têtes pensantes. Les querelles intestines avaient été rapides mais vives et l’heure était venue pour certains de prendre leur revanche. Ainsi, auprès de sa femme, la police était venue tirer Louis, d’un bain encore fumant. Aucune protestation n’avait été tolérée et les coups furent nombreux à tomber sur la nouvelle famille déchue. Charles n’avait rien à craindre, « on » avait décidé arbitrairement pour certains, justement pour d’autres, que les traîtres à la révolution étaient les premiers à l’avoir pensée. Les autres étaient devenus les garants de son bon fonctionnement, de sa modernité. Charles était de ceux-là et ne comptait pas perdre sa place. Ainsi une école de la révolution dut mourir sans autre forme de procès.
 
-         Debout chien, la potence n’attend pas.
 
D’un coup de pied, il envoya son Louis se tordre de douleur à l’autre coin du box. Il héla ensuite deux sous-fifres qui empoignèrent celui que j’avais malheureusement veillé sans courage et le relevèrent. Les pieds traînants, Louis se remit de la douleur avant de dégager calmement ses bras de l’étreinte de ses bourreaux. Il marcha à leur côté sans jamais tenter de s’enfuir. Ils passèrent lentement le porche suivit de près par Charles dont la langue s’agitait du plaisir qu’il prenait. Dehors, la foule attendait déjà. Après s’être débarrassé des anciens oppresseurs, elle cédait déjà à de nouveaux persécuteurs. Le prisonnier qui arrivait leva les yeux vers eux. Il n’était qu’un détritus empêchant les rouages de leur République. Ils s’étaient battus et ne souhaitaient rien lâcher, ainsi comment leur en vouloir de haïr celui que l’on présentait comme un insatiable, un despote qui tuerait au moindre faux pas leur nouvelle liberté. Comment leur en vouloir de cracher leur peur sur le visage de ce malheureux, comment leur en vouloir d’acclamer leurs nouveaux rois. Sans trahir la moindre émotion, Louis traversa les cent mètres qui séparaient ma bâtisse de l’estrade bâtie pour lui. Il fendit la foule recevant injures, détritus et parfois des coups que personne ne s’empressait d’empêcher. Devant les marches, il jeta un dernier coup d’œil en arrière, un regard vers moi qui ne souhaitait plus que disparaître. Je crois qu’en cet instant j’aurais pris sa place sans sommation. Mais il a fallut que ce soit lui qui monte ces marches, les dernières qu’il monterait jamais. Son pas s’est fait hésitant, tremblant. Un peu trop. Son pied a cogné sur la troisième marche et tandis que son corps s’écroulait, le public fut remué d’un énorme rire, un rire qui m’a coupé l’envie d’appartenir à la race humaine. Les secondes passaient et il ne se relevait toujours pas. J’aperçus les tremblements qui agitaient son corps et je dû bien mettre une minute à admettre que les sanglots en étaient la source. Il ne souhaitait pas que l’on voie ça mais le public se déchaînait et commençait à perdre patience. Charles rejoignit alors son frère, le releva et d’une tape dans le dos l’envoya vers la corde au centre de la scène. Ce fut son dernier geste pour son frère. Les bourreaux firent passer le nœud coulant autour du cou du condamné. Les dernières secondes avaient ruinées son assurance et il ne retenait plus ses larmes. Une seule chute l’avait anéanti plus que les brutalités de son frère ou qu’une nuit enchaînée dans une étable. Le bourreau s’éloigna vers le mécanisme d’ouverture de la trappe. Le condamné tourna ses yeux vers moi et la pitié avait disparu de son regard au profit de la haine. La trappe s’ouvrit et le corps chuta. Ce spectacle ne me donna aucune émotion, je ne ressentis rien. Sur le moment je ne comprenais pas mais je me rendis compte que mon désarroi était à son comble lors de la montée des marches. C'est là que j'ai vu mourir Louis, dans les escaliers. La personne qui se releva n'était plus l'homme bon que j'avais connu mais l'homme brisé par le mépris et les méfaits de l'humanité. Le corps fut exposé plusieurs jours à la haine du public, et tous vinrent pester devant son cadavre, déversant leur haine. Ils n'avaient pas peur car enfin, ils étaient libres.
par Skapin Scénariste ajouter un commentaire commentaires (0)   
Vendredi 20 juillet 2007
publié dans : Nouvelles
           On avait six ans quand on s'est connu. Elle m'a regardé. Puis je suis resté amoureux d'elle pendant douze ans. Elle m'a touché la main. Et avant le bac, enfin, elle m'a parlé. Je lui ai caressé les fesses. Depuis plus d'un an, nous sommes ensemble. Nous avons fait l'amour. Et puis un jour… Elle était si proche.

 

             Depuis deux jours je n'ai aucune nouvelle de Léa. Elle n'a pas répondu à mes coups de fil et aux sonneries suivait le répondeur. Toujours. Aucun intérêt de laisser un message ou alors pour lui dire à tout à l'heure, en cours.

            Je ne dois pas rater le train de 21, elle le prend avec moi normalement. Alors je marche plus vite. J'arrive sur le quai mais elle n'est pas là. Le train arrive, je monte et quand je tourne une dernière fois la tête je la vois. Elle est montée dans le wagon voisin. La sonnerie retentit. Trop tard. J'attends calmement mais sitôt le train de nouveau arrêté je sors la rejoindre. Je fais le tour du wagon. Elle n'est pas là.

            Un parvis immense, peu de chance de la retrouver et pourtant je perd du temps à la chercher. J'aurais plus de chance en cours. J'arrive juste quand la porte va se refermer mais rentre tout de même. Je vais m'asseoir rapidement tout en jetant de rapides coup d'œil. Elle n'est pas là et l'inquiétude… On frappe à la porte, c'est elle. Léa rentre et s'assied juste à l'entrée. Je suis à l'autre bout de la salle. Il y avait deux places libres. Pour qu'elle puisse me rejoindre. C'est vrai qu'il vaut mieux ne pas chercher de place quand on arrive en retard. Je suis stupide.

            Le cours est terminé, elle s'est évanouie dans la nature. Je cherche à la joindre mais sans aucune sonnerie préalable son répondeur se déclenche. Je peux toujours lui donner un rendez vous. Un rendez-vous chez nous, elle aimera ça. Elle me pardonnera. Elle a l'air fâchée. Je ne sais pas pourquoi mais ça va partir. C'est sûr. 
            Dans ma chambre, j'attends l'heure. C'est juste à côté chez nous alors je ne me précipite pas. Je me sens seul comme autrefois et je n'aime pas ça. Il est temps.

            Il est beau ce jardin. Je ne m'en souvenais plus. Pourtant c'est chez nous. Elle est en retard. Voilà cinq heures qu'elle aurait dû venir. La nuit tombe maintenant et ça m'énerve.

            Je pars chez elle. Heureusement je la croise en chemin mais elle ne me voit pas. Elle est loin devant alors je cours. Elle court aussi. Puis s'arrête. Elle est dans les bras d'un homme. Je n'aime pas comme ils me regardent. Je suis pétrifié au beau milieu de la route. Je dois la rejoindre, la reprendre. Je crois que je me rapproche, qu'elle se rapproche. Je vais lui reprendre. Mais j'ai mal. Je tombe, j'ai été frappé. Il devait être trop jaloux. Le bitume me fait mal à la tête. Heureusement il y a le soleil. Il me recouvre. Avant que la lumière ne m'englobe, elle apparaît au dessus de moi.

 

Elle est là, elle est là, elle sera toujours là, toujours…

par Skapin Scénariste ajouter un commentaire commentaires (3)   
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